Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /2009 19:07
Martine Aubry était l’invitée de la rédaction de France Inter ce matin, dans « le 7/10 » de Nicolas Demorand.
Voici l’intégralité de cet échange

Nicolas Demorand : Bonjour Martine Aubry. 16,48% des voix, 14 députés, ce sont les résultats que les urnes ont délivré hier soir… le PS existe-t-il encore ce matin Martine Aubry comme force politique d’alternance ?


Martine Aubry
: Je crois que le Parti socialiste existe parce que les valeurs qu’il porte sont celles dont ont besoin j’allais dire nos pays, nos pays européens, non seulement pour répondre à la crise actuelle mais pour trouver le nouveau modèle de société. À partir de là, le Parti socialiste a à l’évidence besoin d’une refondation. J’essaie de la faire, insuffisamment sans doute, depuis peu de temps encore, mais je suis convaincue aujourd’hui que notre échec est d’abord celui de notre incapacité à nous rénover profondément dans les idées, dans les pratiques surtout. Nous payons aujourd’hui les divisions d’hier, un parti refermé sur lui-même et je crois aussi une insuffisance d’ouverture, et sur la société, et sur les autres forces de gauche. Donc, je prends la responsabilité collective qui est la nôtre, qui est celle de notre parti et de ses dirigeants.


Nicolas Demorand : Le Parti socialiste est-il ce matin encore le centre de gravité de la gauche de l’échiquier politique ?


Martine Aubry
: Oui, je le crois, même si je crois -je l’ai dit souvent, parce que c’est ce que je fais aussi dans ma ville-, que nous n’avons pas vocation à être hégémonique. Il y a des sensibilités à gauche, nous avons vocation à parler avec elles : les verts, mais aussi le PRG, le Parti communiste, et d’autres… Certains de nos électeurs se sont égarés sur d’autres listes parce qu’ils ne voient pas cette force unique de la gauche, et c’est vrai en France et en Europe. Mais je crois que nous avons toujours ce rôle  central parce que nous traitons le problème de la société dans sa cohérence globale, nous voulons réunir l’environnement et le social, nous voulons réunir l’économique et le social, nous voulons réunir les libertés et la sécurité. Nous sommes un parti qui veut englober un projet total de société. Donc oui je crois que nous sommes au cœur de cette réflexion et que nous devons parler d’égal à égal avec ceux qui portent aussi une autre parole de la gauche, même si parfois elle met l’accent sur un des axes et pas sur la totalité du projet.


Bernard Guetat
: Comment vous lisez le message des urnes, et notamment le succès des listes écologiques, est-ce que ça vous donne une indication idéologique pour la rénovation de la gauche, est-ce que c’est dans ce sens-là que vous irez ?


Martine Aubry
: Je ne le dirais pas comme cela. Je dirais que les élections européennes ont toujours été pour les électeurs un moyen d’aller ailleurs que sur les grands partis, surtout quand ils ont été déçus et c’est notre cas. Cette fois-ci, le message qu’ils ont donné est un message juste, autour de leur inquiétude pour le développement durable, sur l’avenir de notre planète, qu’a porté avec talent et avec une personnalité positive, Dany Cohn-Bendit. Mais une fois que j’ai dit ça, je crois que la réalité nous conduit à nous dire qu’il y a autre chose, il y a cette abstention massive des classes populaires, des classes moyennes qui vivent cette crise de manière très dure.


Bernard Guetat
: Pourquoi le PS a perdu ?


Martine Aubry
: Si la crise sociale a été un peu oubliée dans la dernière semaine de campagne, -pour des raisons tragiques, l’accident de l’airbus d’Air France-, malheureusement elle revient aujourd’hui dans toutes les pensées. Si je résume, les partis traditionnels n’attirent plus parce que ce discours global, les gens n’y croient plus. Et c’est la refondation du Parti socialiste qui est en cause, je l’ai dit, je m’y suis attelée avec les autres et je vais accélérer encore le mouvement. Deuxièmement, il y a l’effet Cohn-Bendit, positif, et je me réjouis encore une fois que  ce soit un sujet fort pour nous tous et que nous avons dans notre projet, sur lequel les Français ont souhaité donner un signal aux partis traditionnels et notamment au nôtre.


Bernard Guetat
: Est-ce que cette débâcle commune de la totalité ou quasi-totalité des grands partis de gauche européens peut les amener – je ne vous demande pas si vous le souhaitez, mais si ça se fera, peut les amener demain à envisager une refondation commune ?


Martine Aubry
: Nous avons commencé à le faire avec le projet que nous avions avec le Parti socialiste européen. Nous avions ce sentiment-là. Je crois réellement que dans la social-démocratie européenne, nous avons oublié nos valeurs et nous n’avons pas modernisé nos réponses. Donc, nous avons défendu nos réponses d’hier parfois en oubliant ce que nous sommes, et je crois que c’est vrai pour le Parti socialiste, c’est ce que j’ai dit pendant tout le Congrès. L’objectif est de retrouver ces valeurs, des valeurs qui portent vers l’extérieur, des valeurs de développement, des valeurs de solidarité, des valeurs de faire-vivre l’égalité et la liberté, mais les réponses sont très différentes aujourd’hui. Nous n’avons pas travaillé sur ces réponses, et je  crois que c’est cela l’enjeu que nous avons devant nous à débattre avec l’ensemble des partis socialistes européens. Je serai dès la semaine prochaine à Bruxelles où nous avons la rencontre des leaders avec l’ensemble de la gauche. Je crois que nous devons travailler ensemble, mais en France, je crois que nous devons aussi unir les gauches, la gauche.


Nicolas Demorand
: Dans une autre forme partisane, dans une autre organisation politique ?


Martine Aubry
: Je n’y répondrai pas avant d’avoir débattu avec les autres parce que je recommencerais à être ce que le parti socialiste a été, et qui nous a été reproché.


Bernard Guetat
: Mais quand vous voyez l’efficacité de l’UMP, relative, mais quand même assez effective, est-ce que ça peut vous inciter à peut-être faire un UMP de  gauche Martine Aubry ?


Martine Aubry
: Je comprends ce que vous dites mais je dis que je ne parlerai pas avant d’avoir discuté avec les autres. Non, ce n’est pas nouveau, c’était la fin de ma phrase au congrès, il faut aller vers un grand ensemble de la gauche. Sur l’UMP, quand même un mot, ce que Nicolas Sarkozy a réussi pendant cette campagne, c’est qu’on ne parle pas de l’Europe, c’est qu’on ne parle pas de son projet, c’est qu’il ne nous dise pas ce qu’il va faire comme déréglementation, comment il va privatiser la santé, comment demain il va encore déréglementer en France, cela il l’a réussi, nous n’avons pas parlé d’Europe pendant cette campagne.


Bernard Guetat
: Il y en a qui ont parlé d’Europe, et qui ont réussi, les écologistes ont parlé d’Europe et ce malgré le discours de Nicolas Sarkozy.


Martine Aubry
: Je pense que ce sont beaucoup d’autres raisons qui ont fait se porter les suffrages sur Daniel Cohn-Bendit, et malheureusement pas seulement le discours européen.


Bernard Guetat
: Qu’avez-vous envie de dire à Daniel Cohn-Bendit ce matin Martine Aubry ?


Martine Aubry
: Je lui ai dit l’autre jour en aparté, que nous avons des grandes choses à faire ensemble, de nouvelles réponses à apporter. Et les nouvelles réponses, ce n’est pas seulement un discours général sur plus de social et plus d’environnement, ce sont des réponses concrètes… Pourquoi est-ce que nous réussissons partout où nous sommes en responsabilité ? C’est parce que nous sommes capables d’être à la fois sur le terrain pour apporter des réponses, et en même temps dans le rêve d’une autre société qu’attendent les Français. Eh bien cela nous ne le portons plus au niveau de nos partis, c’est cela qu’on doit retrouver avec une gauche unie autour d’un projet qui redonne espoir.


Nicolas Demorand
: Beaucoup de socialistes ont indiqué que le vote d’hier soir était un nouveau 21 avril, qu’en pensez-vous Martine Aubry ?


Martine Aubry
: Non, je ne crois pas du tout cela, parce que le 21 avril, c’était un vote national où nous avons été taclés pour ne pas avoir compris ce qu’était devenue la société. Aujourd’hui, je crois que le vote d’hier, pour le Parti socialiste, et encore une fois je sais quelle est notre responsabilité dans cet échec, c’est l’image que nous donnons de ce que nous sommes, et les Français nous ont renvoyé une image qui est la nôtre, divisés, recroquevillés sur nous-mêmes, eh bien cela me donne encore plus de responsabilités, -cela ne me réjouit pas croyez le bien-, et notamment celle d’apporter cette refondation du parti socialiste qui est totalement nécessaire avec la gauche.


Nicolas Demorand
: Dernière question très rapidement, vous restez donc à la tête du PS ?


Martine Aubry
: C’est vrai que ce n’est pas facile aujourd’hui de diriger le Parti socialiste. Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de candidat, en revanche, je pense que chacun doit se poser des questions sur ses propres comportements, et se demander ce qu’il peut apporter, pas seulement au Parti socialiste, mais à la gauche et aux Français.

Par Frederic - Communauté : PARTI SOCIALISTE DE BOHAIN
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